« Logements inoccupés à Paris : Airbnb n’est pas le problème, mais la solution ! »

Cet article est une tribune écrite par Emmanuel Marill, directeur France d’Airbnb, originellement publiée dans le Le Figaro.

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En 1954, 214 000 personnes habitaient dans les quatre premiers arrondissements parisiens. En 1999 ils n’étaient plus qu’une centaine de milliers. Vous avez bien lu : en cinquante ans, la population du centre de Paris a diminué de moitié. La faute à Airbnb et à la location meublée touristique ? 

Ces accusations sont infondées, le coupable, facile. Loin de faire fuir les habitants, Airbnb permet aujourd’hui à des dizaines de milliers de Parisiens de payer leurs charges de vie quotidienne et de logement.

Pour enrayer cet exode historique qui se poursuit aujourd’hui, quoique d’une manière plus limitée, il faut en comprendre les vraies causes. 

Il y a d’une part un mouvement global de départ des hyper-centres urbains vers les banlieues et les villes moyennes. Paris ne fait pas exception à cette dynamique qui touche l’ensemble des pays industrialisés depuis plusieurs décennies. Alors que six à sept logements sur dix dans le centre de Paris ont moins de deux pièces, les familles cherchent ailleurs des surfaces plus grandes.

« Airbnb permet aujourd’hui à des dizaines de milliers de Parisiens de payer leurs charges de vie quotidienne et de logement. »

Mais il y a aussi le défi des 200 000 logements inoccupés à Paris, qui représentent 15% de l’ensemble des logements parisiens, et plus de trois fois le nombre total d’hébergements Airbnb à Paris… Ce défi ancien, personne n’a su le relever jusqu’à présent : en effet, la proportion de ces logements inhabités a augmenté depuis 1990 : de 10% du parc immobilier, elle est passée à 15% aujourd’hui.

Une concentration touristique et commerciale encouragée depuis des décennies

Aujourd’hui, une large majorité de la capacité hôtelière et des grandes zones commerciales parisiennes sont établies dans l’hyper-centre de la capitale, nourrissant la hausse des prix et la fuite des habitants. C’est le résultat de choix politiques en matière d’urbanisme et de développement économique, qui ont privilégié la concentration de l’offre touristique et commerciale depuis des décennies : six des douze Zones Touristiques Internationales 2 créées en 2015, qui sont aussi les plus vastes en superficie, sont situées dans les quatre premiers arrondissements de Paris.

Emmanuel Marill, directeur d’Airbnb en France

 

Et Airbnb, dans tout ça ? La communauté Airbnb n’est réellement présente dans la capitale que depuis 2013. Est-il bien raisonnable de lui faire porter le poids de la diminution d’à peine plus de 2% de la population dans le centre de Paris depuis 2013, alors même que 50% des hôtes parisiens disent qu’ils ne pourraient pas garder leur logement sans louer sur Airbnb ? Est-il acceptable de lui faire porter le poids de l’Histoire, et des choix politiques qui ont, méthodiquement et régulièrement, encouragé la concentration du développement touristique et commercial sur une poignée d’arrondissements de la capitale?

Airbnb ne concentre pas l’offre d’hébergement touristique, mais la disperse

Ces préjugés, nourris et colportés par certains lobbies hoteliers auprès des médias comme des décideurs publics, ne reposent sur aucun fondement : s’y abandonner serait un contresens historique. A l’heure où les grandes capitales européennes sont confrontées aux conséquences d’un tourisme de masse très concentré, issu d’un modèle désuet pensé durant les trente Glorieuses, Airbnb contribue au contraire à disperser la pression touristique au-delà de zones aujourd’hui portées à saturation.

« La communauté Airbnb n’est réellement présente dans la capitale que depuis 2013. »

Alors que moins de deux hébergements parisiens sur dix proposés sur Airbnb à Paris sont situés dans les quatre premiers arrondissements, près de la moitié sont situés dans les quartiers périphériques de la capitale, comme le 18e arrondissement qui compte aujourd’hui le plus grand nombre d’hébergements. A l’échelle de la région parisienne, la croissance du nombre d’hébergements, comme du nombre de voyageurs, est bien plus forte à mesure qu’on s’éloigne du centre de l’agglomération parisienne.

La raison de ce phénomène ? En démocratisant et en diversifiant l’offre de location meublée touristique, Airbnb est en train de faire radicalement évoluer les habitudes de consommation. Une famille anglaise en week-end à Paris est prête à prendre quelques dizaines de minutes de plus pour visiter le musée d’Orsay, parce qu’elle a trouvé le logement qui correspondait exactement à ses besoins dans le 20e arrondissement, ou à Saint-Maur-des-Fossés. 

Changeons le logiciel du tourisme en France !

La croissance d’Airbnb à Paris a permis, cet été encore, de renforcer l’offre touristique avec l’apport de 730 000 arrivées de voyageurs supplémentaires, sans nécessiter aucune nouvelle construction d’infrastructures hôtelières. Ils ont consommé dans les restaurants, fait des achats dans les nouveaux quartiers qu’ils ont visités, et contribué à disperser les revenus du tourisme dans l’ensemble de la capitale.

« Airbnb est en train de faire radicalement évoluer les habitudes de consommation »

À rebours d’un tourisme de masse qui chasse les habitants des centres urbains, le partage de logements sur Airbnb préfigure le modèle de ce que pourrait être l’offre de tourisme de demain, à la fois démocratisée, mieux répartie, bénéfique à une diversité de territoires et de communautés.

Cette dynamique de dispersion du tourisme doit être encouragée, et non entravée par une escalade réglementaire effrénée, encouragée par des lobbies hoteliers qui contribuent depuis de nombreuses années à la concentration du tourisme de masse dans le centre de Paris.

La loi ALUR et la loi pour une République numérique ont défini un cadre réglementaire pour encadrer la location meublée occasionnelle par des particuliers dans les plus grandes villes françaises. Appliquons-le ensemble avec discernement, et résistons à la tentation d’étouffer ce potentiel pour notre pays. Les 55 000 hôtes parisiens sur Airbnb ne sont pas le problème, mais une partie de la solution pour un tourisme durable à Paris